05-06-2026
Fraude aux aides publiques à la formation : 8,5 millions d'euros détournés au détriment des travailleurs
COMMUNIQUE DE PRESSE
Fraude aux aides publiques à la formation : 8,5 millions d’euros détournés au détriment des travailleurs
Les perquisitions menées ce jeudi par l’Auditorat du travail et la police judiciaire fédérale de Liège confirment ce que la FGTB wallonne signale depuis plusieurs années : le système des aides publiques à la formation a fait l’objet de détournements massifs au détriment des travailleurs et travailleuses.
- 257 entreprises démarchées
- 8.838 travailleurs concernés
- 8,5 millions d’euros de subsides publics captés via de fausses attestations de formation, sans qu’aucune formation n’ait jamais été dispensée
Des millions d’euros qui devaient permettre à des travailleurs et travailleuses de se former se sont envolés dans les poches de consultants indélicats, mais aussi dans les caisses de nombreuses entreprises. Les grands perdants sont, une fois de plus, les travailleurs et travailleuses.
Une fraude connue, des alertes restées sans suite
Ce dossier n’est pas une surprise. La FGTB wallonne avait alerté le banc patronal à plusieurs reprises. Ces alertes n’ont pas reçu la suite qu’elles méritaient. Ce dossier n’est par ailleurs pas isolé : d’autres entreprises sont concernées par des pratiques similaires.
La FGTB wallonne a également réclamé, de longue date, des mesures concrètes pour prévenir ces fraudes. Nous avons notamment plaidé pour la mise en place du Federal Learning Account (FLA), qui aurait permis à chaque travailleur de vérifier ce que son entreprise fait avec les subsides formation qui lui sont destinés. Cette mesure s’est heurtée à l’opposition des représentants patronaux. Le Gouvernement fédéral a finalement décidé de l’abandonner, privant ainsi les travailleurs d’un outil essentiel de transparence. Les travaux en commission d’agrément avaient pourtant, eux aussi, mis en évidence ces dérives. Les signaux existaient et, interpellant, même cette commission d’agrément est remise en cause par le Gouvernement wallon.
Une réforme qui pose question
Face à ce constat, le Ministre wallon de l’Emploi annonce une réforme du dispositif. Si une modernisation des contrôles est indispensable, la direction prise nous préoccupe.
Plutôt que de garantir que les travailleurs et travailleuses puissent librement et en toute sécurité exercer leur droit à la formation, comme le prévoit la convention 140 de l’OIT, la réforme telle qu’elle se dessine :
- Restreint le droit à la formation pour les travailleurs
- Augmente les budgets à destination des entreprises
- Divise par six le budget destiné aux formations à l’initiative des travailleurs, ces montants étant en grande partie transférés vers les formations à l’initiative des employeurs
Plutôt que d’exclure du dispositif les demandeurs d’emploi sans perspective de remise à l’emploi durable, nous demandons que ces montants publics soient mobilisés pour construire une politique de formation réellement au service des travailleurs et des demandeurs d’emploi.
Ce que nous attendons
Les montants détournés doivent être récupérés et les responsabilités établies. Mais au-delà des suites judiciaires, une réponse politique cohérente s’impose :
- Des mécanismes de contrôle efficaces, des outils de transparence accessibles aux travailleurs, et une réforme de la formation qui renforce, plutôt qu’elle ne restreint, les droits individuels à la formation
- Le rétablissement d’outils de transparence permettant aux travailleurs de vérifier l’utilisation des subsides formation qui leur sont destinés
- Une réforme des aides publiques à la formation qui renforce, et non restreint, le droit individuel à la formation, conformément aux engagements internationaux de la Belgique et de ses entités fédérées
Les grands perdants de cette fraude, ce sont les travailleurs et les travailleuses. Il est temps que les réformes protègent, plutôt que de leur faire payer les abus des autres.
